On demanda à Abû Sa'îd ibn Abi-L'Khayr : « Quand un homme est-il délivré des besoins ? »
« Quand Dieu l'en délivre;· ceci ne s'opère pas grâce aux efforts de l'homme, mais avec l'aide et la grâce de Dieu. Tout d'abord, Il produit en lui le désir de parvenir à ce but. Puis, Il lui ouvre la porte du repentir - tawba. Ensuite, Il le jette dans la mortification - mujâhada -, de telle sorte qu'il continue à lutter et, pour un temps, à se louer de ses efforts, pensant qu'il est en train de progresser et de réaliser quelque chose; mais ensuite il tombe dans le désespoir et n'éprouve plus de joie. Alors, il sait que son œuvre n'est pas pure, mais souillée, il se repent des actes de dévotion qu'il avait cru être les siens propres, et s'aperçoit qu'ils avaient été accomplis par la grâce et le secours divins, et qu'il était coupable d'associationisme - shirk - en les attribuant à ses propres efforts. Quand ceci lui devient évident, un sentiment de joie pénètre dans son cœur. Alors Dieu lui ouvre la porte de la certitude - yaqîn - de sorte que pendant un temps il prend n'importe quoi de quiconque et accepte l'insolence et endure l'abaissement et sait avec certitude par Qui cela est produit, et le doute à ce sujet est écarté de son cœur. Alors Dieu lui ouvre la porte de l'amour - mahabba -, et ici aussi l'égoïsme apparaît pendant un temps, et il est exposé au blâme - malâma - : ce qui signifie que, dans son amour pour Dieu, il affronte sans crainte tout ce qui peut lui arriver et ne prend pas garde aux reproches; mais il pense encore : «j'aime », et ne trouve pas de repos avant de s'apercevoir que c'est Dieu qui l'aime et qui le maintient dans cet état d'amour, et que c'est là le résultat de l'amour et de la grâce de Dieu, et non de ses propres efforts. Alors, Dieu lui ouvre la porte de l'unité - tawhîd - et fait qu'il comprend que toute action dépend du Dieu Tout-Puissant. Alors, il voit que tout est Lui, que tout est fait par Lui, et que tout est à Lui; qu'Il a donné à Ses créatures cet amour-propre afin de les mettre à l'épreuve, et que c'est Lui qui, dans Son Omnipotence, veut qu'elles s'en tiennent à cette fausse opinion, parce que l'omnipotence est Son attribut, de sorte que lorsqu'elles considèrent Ses attributs elles savent qu'Il est le Seigneur. Ce qu'il savait auparavant par ouï-dire lui devient à présent connu intuitivement, tandis qu'il contemple les œuvres de Dieu. Alors il reconnaît entièrement qu'il n'a pas le droit de dire « je » ou « mon ». A ce degré, il contemple sa misère ; les désirs l'abandonnent et il devient libre et tranquille. Il souhaite ce que Dieu souhaite; ses propres souhaits ont disparu, il est délivré de ses besoins et s'est acquis la paix et la joie dans les deux mondes... D'abord, l'action est nécessaire, puis la connaissance, afin que tu puisses savoir que tu ne sais rien et que tu n'es rien. Ceci n'est pas facile à savoir. C'est une chose qui ne peut être enseignée vraiment, ni cousue avec une aiguille ou attachée avec un fil. C'est un don de Dieu. La vision du cœur est ce qui compte, non la parole de la langue. Tu n'échapperas jamais à ton moi - nafs - avant de l'avoir tué. Dire : « Il n'y a pas de dieu sinon Dieu » ne suffit pas. La plupart de ceux qui prononcent verbalement la profession de foi sont des polythéistes dans leur cœur, et le polythéisme est le seul péché impardonnable. Le corps tout entier est plein de doute et de polythéisme. Il faut que tu les chasses afin d'être en paix. Tant que tu ne renonceras pas à ton « moi », tu ne croiras jamais en Dieu. Ton « moi », qui te garde éloigné de Dieu et te fait dire : « Un tel a mal agi à mon égard, un tel a bien agi, met l'accent sur la créature; et tout ceci est du polythéisme. Rien ne dépend des créatures, tout dépend du Créateur. Il faut que tu saches et proclames cela, et, l'ayant proclamé, tu dois rester ferme. Rester ferme - istiqâma - signifie que lorsque tu as dit « Un », tu ne dois plus jamais dire « deux ». Le créateur et la créature sont « deux » ... Demeurer ferme consiste en ceci : quand tu as dit « Dieu », tu ne dois plus parler ou avoir la pensée des choses créées, comme si elles n'existaient pas ... Aime Celui qui ne cesse pas d'être lorsque toi tu cesses afin d'être tel que tu ne cesseras jamais d'être. »
Abû Sa'îd ibn Abi'L'Khayr
(2009...et rajouté le 06/10/2020)
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